
En se tenant ici, sur le Rijnkaai, il est difficile d’imaginer que cette même berge a autrefois offert une bouée de sauvetage à plus de 900 personnes désespérées. Le 17 juin 1939, le MS St. Louis, un imposant paquebot allemand, a accosté ici même à Anvers, transportant des réfugiés juifs qui avaient déjà été refoulés à deux reprises.
Leur histoire avait commencé quelques mois plus tôt. Fuyant la persécution nazie, ils avaient embarqué à bord du St. Louis à Hambourg, munis de visas cubains. Mais à leur arrivée à La Havane, ces visas avaient été déclarés invalides. Le navire avait alors mis le cap vers le nord, le long de la côte américaine, dans l’espoir que les États-Unis les accueillent. Cette porte s’était également fermée. Pendant des semaines, plus de 900 hommes, femmes et enfants ont vécu dans un état d’angoisse permanente, incapables de débarquer où que ce soit.
Puis l’Europe est intervenue. La Belgique, les Pays-Bas, la France et le Royaume-Uni ont accepté de partager la responsabilité des passagers, et le navire a finalement accosté ici, à Anvers. L’espace d’un bref instant, on a cru que le cauchemar était terminé.
Ce ne fut pas le cas. Après l’occupation de l’Europe occidentale par l’Allemagne, bon nombre de ces mêmes personnes furent prises dans l’Holocauste. Environ 250 d’entre elles n’ont pas survécu.
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