
Ce que vous voyez devant vous n’est pas un hôtel. L’Hôtel Drouot est la plus ancienne et la plus grande maison de ventes aux enchères au monde ; elle a ouvert ses portes en 1852 dans une rue où se dressait autrefois le légendaire opéra de la Salle Le Peletier, avant que celui-ci ne soit entièrement détruit par un incendie en 1873.
Entrez et vous verrez des hommes en veste rouge transporter des tableaux, des meubles et des statues de bronze dans les couloirs. Ce sont les « cols rouges », et leur histoire est remarquable. Pendant des générations, il s’agissait d’une confrérie fermée de migrants savoyards, liés par des liens familiaux et un secret strict, détenant un monopole absolu sur le transport des œuvres d’art au sein de Drouot. Ce privilège a perduré pendant près de deux siècles avant qu’un scandale de fraude majeur ne vienne finalement mettre fin à tout ce système au XXIe siècle.
Drouot porte également un lourd passé. Pendant l’occupation allemande, les visiteurs juifs ont été bannis par une affiche officielle le 17 juillet 1941, tandis que leurs collections confisquées passaient discrètement entre les mains de commissaires-priseurs agréés. Cela reste l’un des chapitres les plus troublants de l’histoire du marché de l’art parisien.
Autre détail amusant : une salle était autrefois réservée à la vente discrète de littérature érotique interdite, offrant une tribune officielle et courtoise à des livres qui ne pouvaient être vendus ouvertement nulle part ailleurs dans la ville. Même la contrebande, semble-t-il, mérite une vente aux enchères en bonne et due forme.
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